Face à la caméra, de jeunes garçons de 7 à 11 ans au regard pétillant parlent du métier qu’ils feront plus tard. Puis on leur présente Martina, une souriante blonde aux yeux noisette d’environ 11 ans qui ne les laisse pas indifférents. Une voix d’homme, hors champ, demande aux garçons de faire des grimaces à Martina, puis une caresse. Ils s’exécutent, espiègles et maladroits. Ils font rire la jeune fille, passent timidement leur main sur sa joue ou sur son bras. Ensuite, l’expérimentateur leur ordonne de la gifler. Malaise. Immobiles, un soupçon de détresse sur le visage, les garçons semblent déchirés entre le désir de se conformer à l’ordre donné par un adulte et l’immoralité du geste demandé. La voix hors champ insiste… Finalement, l’un après l’autre, tous les garçons ouvrent la bouche pour dire : «Non». Le plus beau, c’est d’entendre les raisons pour lesquelles ils refusent de frapper.

«C’est une fille, je ne peux pas faire ça.»

«Parce que je ne veux pas lui faire mal.»

«Parce qu’on ne devrait pas frapper une fille, même avec une fleur.»

«Parce que je suis contre la violence.»

C’est un frêle préado qui a la plus belle réponse : «Parce que je suis un homme.»

L’expérience, réalisée par le média Web italien Fanpage.it, montre que la violence envers les filles est inacceptable, et surtout, qu’on peut comprendre ça dès le plus jeune âge. Elle est en train de devenir une campagne de sensibilisation mondiale. Publiée le 3 janvier, elle a déjà été vue 45 millions de fois sur la page Facebook de Fanpage, et 21 millions de fois sur YouTube. Mais comme tout ce qui touche la violence envers les femmes et le consentement en ces temps troubles, elle est l’objet de débat… De nombreux commentaires laissés sur les réseaux sociaux, soulignent notamment qu’aucun des garçons n’a pris la peine de demander à la jeune fille si elle était consentante avant de lui toucher. Mais bon, vu le caractère chaste des caresses en question, il n’y a rien là de bien scandaleux…

Une universitaire américaine spécialiste des médias, Rebecca Hains, souligne quelques éléments plus pernicieux. Comme le fait que la jolie Martina semble davantage un objet au service du message qu’un être humain à part entière. Elle correspond en effet en tous points aux normes de beauté en vigueur – mince, joli minois, cheveux longs. On demande d’ailleurs aux jeunes garçons de décrire ce qui leur plaît physiquement chez elle, alors que cette dernière demeure muette comme une carpe.

Rebecca Hains s’interroge aussi sur les objectifs de la campagne. La vidéo ne renvoie à aucun organisme de lutte contre la violence ni à une aucune source d’information. Léchée et habilement montée, elle vise surtout à faire cliquer et à faire partager, ce qui en fin de compte profite surtout… à Fanpage, le média qui l’a créée.

Rebecca Hains n’a pas tort. Mais dans l’océan d’inepties ultrastéréotypées dont se gavent les ados sur Facebook et YouTube, on peut sans doute dire que cette vidéo a un effet plutôt positif. Non ?

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